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Test de l’Helios 3F 10’6 soie 3

Après six années de recherche et de développement, c’est une Orvis Helios 3F 10’6 soie 3 qui a fait son apparition au printemps 2018. Ayant déjà noté une évolution très intéressante entre l’Helios 2 10’ soie 3 et la Recon 10’ soie 3 pour pratiquer différentes techniques de pêche en nymphe, j’espérais de cette H3F « made in USA » un niveau technique encore plus élevé, je ne suis pas déçu !

Un peu d’histoire :

En juillet 2017, Thibault et moi-même étions aux Etats-Unis pour rencontrer plusieurs membres de l’équipe Orvis dont les concepteurs produits de la gamme pêche. Nous étions ravis de rencontrer et pouvoir échanger avec l’emblématique Shawn Combs (directeur du département Recherche et Développement d’Orvis). Ce temps de travail avec Shawn et son équipe était une bonne opportunité pour nous de présenter, entre autres, certaines spécificités techniques que recherchent les pêcheurs français et européens pour pratiquer les techniques de pêche en nymphe modernes.

Forts des plébiscites consécutifs de l’Helios 2.0 – 10′ soie 3, véritable référence en terme de polyvalence pour les pêches en nymphe, sèche ou encore sèche/nymphe, puis de la Recon 10’ soie 3, ultra spécifique à la pêche en nymphe moderne. Nos amis américains avaient en tête de créer une canne sans compromis, aux performances dépassant toutes les attentes, alliant technicité optimale et polyvalence. Shawn nous a donc présenté une canne de 11’ soie 3 qui, à la prise en main, semblait déjà incroyable mais méritait cependant encore quelques améliorations notamment au niveau de la position des anneaux, afin de diminuer l’effet de « ventre » entre le premier anneau de stripping et la poignée, puis au niveau de la longueur de canne, qui nécessitait d’être légèrement diminuée pour davantage d’équilibre et polyvalence.

Nous avons aussi eu le plaisir d’échanger avec Jesse Haller, concepteur produit chez Orvis et compétiteur de classe internationale, bien au fait des problématiques de conception d’une canne de haute performance. Tout en tenant compte de nos remarques, l’équipe Orvis a collaboré avec un autre compétiteur célèbre nommé George Daniels, auteur des ouvrages  « Dynamic Nymphing » et « Nymph Fishing ». Passant près de 280 jours/an dans les rivières à truite, George est un expert incontestable des techniques modernes de pêche à la mouche. L’Helios 3F 10’6 soie 3 est bel et bien le fruit d’un travail fastidieux et d’une collaboration étroite avec des pêcheurs très exigeants.

Même si pour la plupart des pêcheurs à la mouche certains « effets de modes » liés au monde de la compétition passent inaperçus, je me confronte régulièrement à des pêcheurs chevronnés dont l’équipement ne laisse rien au hasard. En championnat de France 1ère division comme en championnat international c’est dans les détails que se cache la réussite. Etre au top techniquement ne suffit pas, il faut que tout s’accorde parfaitement pour réussir à prendre parfois un seul poisson de plus que les autres, mais c’est ainsi que l’on peut gagner un championnat. Il faut dire que la concurrence est rude ! De nombreuses marques proposent des cannes de 10’ à 11’ pour soie n°2 à n°4 dont les caractéristiques techniques répondent aux attentes des compétiteurs et des pêcheurs passionnés par les techniques fines. L’Helios 3F 10’6 soie 3 vient justement bousculer l’ordre établi.

Carl est un jeune compétiteur qui évolue en 2ème division du championnat de France de pêche à la mouche. Il a pu tester avec succès la H3F 10’6 soie 3 !

Tous les pêcheurs à la mouche n’ont pas pour vocation de faire de la compétition mais il faut admettre que ceux qui pratiquent les techniques modernes de pêche en nymphe en loisir sont de plus en plus nombreux. Le matériel a énormément évolué en moins de 10 ans et la notion de plaisir demeure très présente puisque les cannes s’affinent pour plus de confort mais aussi plus de sensations lors des combats. Le travail du carbone est une véritable science dont les ingénieurs les plus pointus connaissent de mieux en mieux les secrets. Chez Orvis, l’équipe de Shawn a durement travaillé sur chaque modèle Helios 3 afin d’ajuster les actions des cannes en fonctions des utilisations pour lesquelles elles sont destinées.

L’Helios 3 est livrée avec un tube en aluminium fabriqué aux Etats-Unis décoré des couleurs de la gamme H3. Une housse en tissu permet de ranger les éléments de manière ordonnée.

Dans les détails :

Cette canne de 10’6 (3,20 m) pour 98 g est montée avec un porte moulinet inversé (made in USA) et un talon de combat ce qui lui confère un très bon équilibre pour un minimum de fatigue en action de pêche. La poignée demi-cigare modifiée est légèrement évasée à son extrémité avant afin d’améliorer le positionnement du pouce et le confort d’utilisation. Le blank mat de couleur gris évite les reflets parasites et les anneaux serpentiformes indéformables Recoil ultra légers offrent une excellente glisse. Des points d’alignement sont également présent au niveau des emmanchements pour un ajustement parfait.

L’équilibre de cette canne est parfait !

Même si d’un point de vue purement techniques ces petits détails n’ont à mes yeux aucune importance, l’absence d’un accroche mouche et l’esthétisme résolument très moderne de cette canne peuvent surprendre certains pêcheurs. De mon point de vue, un accroche mouche c’est effectivement utile mais il y a des alternatives. J’utilise soit un petit élastique juste au-dessus de la poignée ou la base du premier anneau de stripping. En ce qui concerne le design de cette Helios 3, je comprends les choix de l’équipe Orvis qui hisse la pêche à la mouche au rang de sport au même titre que le VTT ou le ski par exemple. Le marquage blanc à la base de la canne ne m’a pas empêché de prendre de nombreux poissons même à vue. Il faut dire que si un poisson parvient à distinguer 15 cm de blank blanc, il y a de bonnes chances pour qu’il distingue aussi la main du pêcheur juste en dessous et le moulinet…

La précision à chaque instant :

La caractéristique n°1 revendiquée par Orvis pour l’Helios 3 c’est la précision. Dès les premiers lancers j’ai constaté que cette canne était un peu plus rapide que la Recon 10’ soie 3 et vraiment très précise. Grâce à la conception du blank, les vibrations sont extrêmement réduites. Très spontanément, j’ai réussi à poser mes mouches où je le souhaitais et de manière très naturelle. Il m’est arrivé d’utiliser des cannes très haut de gamme d’autres marques sans ressentir cette même facilité. On dit qu’une bonne canne permet au pêcheur de se concentrer sur la pêche plutôt que sur ses lancers, je vous assure qu’avec cette canne Helios 3F je manque très rarement ma cible ce qui est un atout majeur.

Une polyvalence rare dans cette catégorie :

Le « F » de « Finesse » prend tout son sens avec cette canne dont l’action m’a immédiatement séduit. Sans moulinet ni soie, j’avais déjà de très bonnes sensations. J’utilise avec cette canne un moulinet Hydros SL 2 ou un moulinet semi-automatique de marque française.

Avec une soie n°3 de type DT ou WF, l’Helios 3F 10’6 soie 3 est très agréable pour lancer à courte et moyenne distance (jusqu’à une quinzaine de mètres) et montre toutes ses qualités de lanceuse de précision. Habituellement, les cannes « typées » nymphes sont un peu trop souples pour bien guider une dizaine de mètres de soie et c’est précisément ce que je reproche à de nombreuses cannes dites « spéciale nymphe ». J’admets qu’une très bonne canne pour pêcher en nymphe puisse ne pas être exceptionnelle en sèche. Toutefois un pêcheur qui s’offre une canne très haut de gamme n’est-il pas en droit d’espérer utiliser une même canne pour la nymphe et pour la sèche ? A ce jeu-là, Orvis a mis au point une action parfaitement équilibrée et d’une efficacité rare pour lancer de petites nymphes avec un bas de ligne espagnol comme déposer une sèche sous un arbre avec une soie n°3 et un bas de ligne dégressif.

J’ai pu utiliser cette canne avec quasiment toutes les mouches que j’utilise pour mes sorties en rivière, du petit voilier sur hameçons n°20 à la nymphe très lestée de plus d’un gramme montée sur hameçon n°10. Cette canne lance tout ! Je n’ai pas essayé de streamer, mais oui, j’ai cédé une fois au squirmy wormy pour voir et là encore cette H3 fait le job…

A une ou deux nymphes, la sensibilité du scion est très agréable pour réaliser des animations lors des dérives et ressentir la moindre touche.

En sèche, avec un bas de ligne dégressif, c’est une canne très agréable pour pêcher en eau rapide mais elle est aussi très performante pour les pêches délicates et fines sur les lisses.

En tandem sèche/nymphe, avec un bas de ligne espagnol ou un bas de ligne dégressif, cette Helios 3 est fabuleuse.

Même pour la pêche en noyée, la H3F 10’6 soie 3 a de belles aptitudes, sa longueur permet de bien gérer les dérives et de relancer facilement en rouler.

Une tenue de poisson irréprochable :

Cette canne est souple mais pas molle ! Ce qui signifie que la réaction au ferrage est très efficace et sécurisante. Avec une pointe en 0,10 mm les risques de casse sont très réduits et les poissons parfaitement tenus. Ombre ou truite, je ne décroche quasiment jamais avec cette canne, que ce soit des poissons de 20 cm ou de 50 ! J’ai même réussi à mettre à l’épuisette un doublé de truites en compétition (23 et 24 cm) le tout sur du 0,10 mm. Je n’ai pas encore pris de truite de 60 cm avec cette canne mais vu quelques belles photos circuler aux Etats-Unis de truite arc-en-ciel de plus de 50 cm prises avec la H3 ce qui indique que la réserve de puissance est assez grande pour combattre efficacement ce genre de poisson. Je pense que pour la pêche des ombres en grande rivière c’est une canne redoutable.

En pratique :

L’un des meilleurs exemples qui peut illustrer cette polyvalence technique correspond à une situation rencontrée lors de la première manche de la finale du championnat de France de pêche à la mouche en rivière 1ère division. J’avais 4h pour pêcher un parcours de plus de 800 m sur la Têt qui à cet endroit présente un lit jalonné de blocs avec de nombreux courants. Sur un parcours aussi riche en postes, j’ai opté pour une pêche en nymphe « à l’espagnole » avec une soie naturelle n°2, un bas de ligne de 5 m en nylon 0,18 mm un indicateur en fil fluo et en dessous une pointe en 0,10 mm. Au bout d’une demi-heure j’avais sept truites « maillées » (en compétition : 20 cm minimum). Au fil de ma progression j’alternais pêche à une ou deux nymphes jusqu’à ce que la rivière change de profil. J’ai donc rapidement changé de moulinet pour passer une soie WF3 et un bas de ligne plus polyvalent pour exploiter d’avantage des postes en berge avec un tandem sèche/nymphe sans m’interdire de repasser sur la nymphe pure quand les postes s’y prêtaient.

Cette option s’est révélée très payante puisqu’en gagnant en dynamisme au niveau des lancers à l’aide du bas de ligne je posais mes mouches très précisément et les touches s’enchaînaient. Arrivé au niveau d’une fosse traversée par un courant assez puissant mon arbitre me dit « ici tu dois en mettre au moins 5 sur ta feuille ! ». Je n’en espérais pas moins mais il fallait rester très concentré pour pêcher méthodiquement ce magnifique coup qui nécessitait de pêcher à 2 nymphes en variant les poids en fonction des profondeurs et des vitesses de courant. Les truites étaient très actives sous l’eau et les touches ne se sont pas faites attendre très longtemps. En quelques lancers j’avais les 5 truites espérées à l’épuisette dont un doublé !

Soudain des truites se sont alors mises à gober de l’autre côté de la fosse le long d’une berge ombragée. Je ne pouvais pas traverser, la fosse était assez profonde et des branchages limitaient ma fenêtre de lancer. Je change ma pointe en conservant mon bas de ligne de 12’ et opte pour un sedge en CDC taille 16 pour solliciter ces poissons gobeurs. C’est à ce moment précis que j’ai pu vraiment pousser l’Helios 3F dans l’un de ses retranchements. Avec très peu de dégagement arrière je parviens à lancer ma mouche sèche dans le courant qui longe la berge où les truites gobent. J’accompagne la dérive de la mouche en réalisant un mending pour éviter le dragage et voilà qu’une première truite gobe ma sèche. Bingo ! Deux autres truites succomberont à mon sedge brun ce qui me faisait passer à 8 truites au compteur en ayant pêché en nymphe et en sèche avec la même canne.

A la fin des 4 heures de pêche je suis sorti de l’eau avec 30 poissons au compteur (toutes remises à l’eau, je précise pour les non compétiteurs). Ce parcours était finalement assez varié, plutôt physique en raison des nombreux blocs et du débit soutenu de la rivière. Je n’ai perdu que 2 truites qui aurait pu être comptabilisées ce qui est finalement assez peu. Au-delà de ce score, c’est bien le plaisir de pêche qui m’a animé lors de cette manche qui nécessité beaucoup de concentration et de dextérité. La canne ne fait pas tout mais à aucun moment je me suis senti limité par ses performances.

Pour conclure :

Avec l’Helios 3F 10’6 soie 3, ORVIS met la barre très haut dans le domaine des cannes de pêche en nymphe moderne. Mis à part son allure qui peut ne pas plaire à tout le monde, l’action de cette canne est simplement inédite. Je n’avais jamais pêché avec une canne de cette catégorie aussi aboutie pour couvrir les besoins d’un spécialiste des techniques fines pour pêcher en rivière moyenne et large. Cette canne représente un investissement et il est vrai qu’il vaut mieux avoir un bon niveau de pratique pour apprécier toutes ses qualités. Si son look vous plait et que vous cherchez une canne de haute voltige pour vos sorties de pêche en loisir ou pour performer en compétition, l’Helios 3F 10’6 soie 3 a toutes les qualités d’une grande championne.

A bientôt !

Florian

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Pêche à la Réunion épisode 2 : la quête du poisson plat

Voyager avec une canne à mouche se révèle être un bon moyen pour rencontrer des pêcheurs locaux et découvrir de nouvelles espèces telles que le « poisson plat ». Christophe est un pêcheur à la mouche installé depuis plus de trente ans à la Réunion. Pêcheur de truite à l’origine, il a su se diversifier pour profiter des multiples possibilités de pêche qu’offre cette magnifique île.

Christophe est un vrai spécialiste de la pêche du poisson plat à la mouche et il réussit parfois à prendre de très beaux spécimens comme celui-ci. Il remet systématiquement ce poisson à l’eau.         

Christophe m’a donné rendez-vous au bord d’une rivière de 2ème catégorie pour tenter de me faire prendre le fameux poisson plat (Khulia rupestris) dont j’avais entendu parler à la Fédération de Pêche de la Réunion. Aude et moi retrouvons Christophe au bord de l’un des fleuves de l’île au lit très encaissé et assez large. La rivière coule sur un fond de galets et de blocs de roche volcanique au milieu d’une vallée spectaculaire. A voir l’œuvre de l’érosion le long des berges je comprends que lors des épisodes pluvieux la rivière doit devenir monstrueuse et développer une énergie incroyable. Les poissons qui peuplent l’île de la Réunion résistent aux grosses crues mais les derniers typhons qui ont touchés la Réunion ont laissé des traces.

Alors que je commence à préparer mon matériel, Christophe m’en dit un peu plus au sujet du poisson plat. Cette espèce amphi-haline (qui vit en eau douce et en eau salée) est naturellement présente dans plusieurs rivières de l’île. Méconnu des métropolitains, c’est pourtant un poisson qui se pêche au leurre ou à la mouche et dont la combativité n’a rien à envier au black-bass ou à la truite. Christophe m’explique rapidement que comme la plupart des poissons migrateurs de la Réunion, le poisson plat effectue plusieurs migrations vers l’océan pour se reproduire en estuaire au cours de sa vie. Contre toute attente, ce poisson a une croissance très faible. Il atteint la maturité sexuelle à 8 ans pour une taille d’environ 20 cm (taille légale de capture). Heureusement la plupart des moucheurs réunionnais pratiquent le No-kill sur cette espèce.

Remise à l’eau d’un vieux poisson plat pris en sèche par Christophe.

Avant de nous jeter à l’eau je demande à Christophe ce que mange le poisson plat pour mieux comprendre avec quel genre de mouche j’aurai des chances de réussir. Il ouvre ses boîtes à mouche sous mes yeux et me montre les différents modèles qu’il confectionne pour pêcher ce poisson qui ressemble un peu au black-bass à petite bouche. C’est un prédateur qui peut aussi bien gober un gros insecte en surface que se nourrir de larves et de sangsues ou de petits poissons. Christophe n’hésite pas à mettre quelques fibres brillantes ou colorées dans ses montages.

Imitation d’une guêpe réunionnaise montée sur hameçon n°8.

Ses mouches sèches sont inspirées des mouches américaines composées de mousse, de poils cervidés, de pattes en élastique et de kristal flash ! Je lui montre la sélection de mouches que j’avais préparée et il m’explique qu’il y a déjà de quoi faire en me montrant de gros Tabanas. Il ne faut pas pêcher trop fin. Le poisson plat est « armé » de nageoires épineuses et sa bouche est munie de petites dents. Une pointe en fil fluorocarbone ou nylon de 0,14mm de diamètre est adaptée mais avec une pointe en 0,16 mm c’est plus sûr ! Le poisson plat est une boule de muscle et il y a de nombreux blocs dans la rivière, le fil est mis à rude épreuve lors des combats.

Ce poisson est donc prenable en sèche, je suis les conseils précieux de Christophe et prépare ma Recon 9’ soie 5 avec un bas de ligne dynamique de 4,5 m et un Tabanas sur hameçon n°10. Le poisson plat ne se poste pas exactement de la même manière que les truites mais il affectionne les zones de courant, les fosses, les bords de rochers et les « retournes ». Pour l’approche il vaut mieux rester discret. Malgré son comportement grégaire, le poisson plat n’aime pas trop apercevoir une silhouette humaine au bord de l’eau. Christophe m’explique comment me placer et comment faire mes dérives en sèche. « N’hésite pas à faire légèrement draguer ta sèche sur les postes, ils adorent ça ! ». Pour parvenir à réaliser des dérives naturelles et à draguer au bon moment il faut un petit coup de main mais je « pige » assez vite la technique.

En remontant la rivière nous enchaînons les fosses, les courants jalonnés de blocs mais pas un signe de poisson plat… « Ils peuvent être capricieux pendant certaines périodes de la journée mais quand ils sont dehors on les remarque » m’explique Christophe. Les poissons plats sont généralement postés en groupe de plusieurs individus souvent par classe de taille. Les plus gros individus se réservent les bons postes et le partagent moins volontiers.

Au fil de notre prospection la luminosité diminue, il est environ 16h30 quand Christophe fini par faire monter un petit poisson plat sur son imitation de guêpe. Ce n’est pas un gros spécimen mais il a tout de même réussi à gober une mouche montée sur hameçon n°8 ! Ce beau poisson repart aussi vite qu’il est venu. Il ne s’agissait pas du véritable poisson plat mais d’une espèce très proche qui ne grandit pas tellement.

Nous remontons encore un peu avant d’arriver à une jolie fosse avec une veine de courant régulière. « C’est un très bon poste » m’indique Christophe. Je commence par prospecter l’aval de la fosse et assez vite j’allonge suffisamment de soie pour que ma mouche dérive dans la veine centrale. Un « splash » fulgurant éclate la surface, je ferre par réflexe, mais c’est dans le vide… Christophe assite à la scène et me dis « Il sont très rapides ! ». Il s’agissait de la première vraie occasion et je l’ai manquée… ce gobage indiquait qu’il s’agissait d’un beau poisson plat. Je laisse quelques secondes passer sans relancer sur le poisson, je change de mouche avant de retenter ma chance mais même avec de belles dérives aucun poisson ne veut repointer son nez en surface. Pas si faciles ces poissons !

Il est bientôt 18h, le ciel se pare de ses couleurs du soir et nous commençons à nous dire que le poisson plat n’était pas d’humeur mordeuse cette fois-ci. C’est le « money time », Christophe lance sa mouche le long d’un beau courant qui traverse une belle fosse et bingo ! Un premier poisson plat de taille honorable est ferré. Christophe le combat et le remet à l’eau avant même que nous puissions prendre une photo et me dit de traverser la rivière pour pêcher la fosse depuis l’autre rive. J’opte pour la nymphe.

Jusque-là j’avais hésité à m’écarter des consignes de Christophe mais le poste se prêtait bien à la pêche en nymphe au fil. Je noue une nymphe « Perdigone » plutôt sombre montée avec une bille en tungstène 2,8 mm de couleur cuivre et je lance bien en amont dans le courant. Alors que je prends contact avec le fond, j’anime ma nymphe du bout du scion et au moment où la nymphe commence à remonter en fin de dérive, je distingue un flash. Immédiatement la canne vibre, je ferre et là le poisson est bien au bout ! Christophe et Aude me voient partir vers l’aval de la fosse, le poisson prend quelques mètres de soie alors que je tente de le suivre.

Difficile pour moi d’imaginer un poisson d’une vingtaine de centimètres développer une puissance équivalente à une truite de près d’un kilo ! Je parviens à freiner le poisson plat dans sa course avant qu’il ne parte trop en aval et ne passe entre des rochers. La pointe en 0,16 mm n’est pas faite pour résister longtemps au contact de la pierre volcanique ! Je traverse la rivière en prenant soin de maintenir le poisson dans un environnement plutôt dégagé et au bout de 2 minutes je parviens à prendre en main mon premier poisson plat ! Ce n’est pas un monstre mais franchement je ne m’attendais pas à ce qu’il mène un combat aussi vif. Je ne peux cacher ma joie après des dizaines de lancers dans le vide.

Un poisson plat mérité qui a retrouvé son élément après la photo.

A propos de la population du poisson plat : c’est une espèce très sensible au braconnage notamment lorsque des morceaux de rivières sont barrés et asséchés pour pêcher le « bichique ». Cet alevin de chabot à bouche ronde est en effet l’objet de toutes les convoitises. Revendu cher « sous le manteau » cette espèce fait partie des poissons en forte régression sur l’île. La fédération pour la pêche et la protection des milieux aquatiques de la Réunion alarme les pouvoirs publics et la population à ce sujet, mais la prévention a ses limites. Les méthodes de pêche du bichique sont dévastatrices pour d’autres espèces dont le poisson plat qui compte tenu de sa maturité sexuelle tardive ne parvient pas à régénérer sa population aussi rapidement que l’homme ne la détruit. Je vous invite donc à pêcher le poisson plat de manière sportive et à remettre à l’eau ce poisson peu connu mais très intéressant.

Si vous désirez tenter votre chance avec le poisson plat, prévoyez le même matériel que pour pêcher la truite en rivière. Un short et une bonne paire de chaussures de wading avec des chaussons en néoprène suffisent pour pêcher en sécurité dans les rivières de la Réunion. Prévoyez un Hip-Pack ou un Chest-Pack avec de l’eau et votre matériel pour être à l’aise. Il n’est pas rare de marcher longtemps pour pêcher à la Réunion et il vaut mieux anticiper l’arrivée de la nuit. Une lampe frontale ne sera pas de trop dans votre sac.

A bientôt pour un nouvel article !

Florian.

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Pêche en rivière à la Réunion : Episode 1

L’île de la Réunion est surnommée « l’île Intense » et cela n’échappe pas aux voyageurs en quête de randonnées et de sports Outdoors. Les volcans, les cirques, l’Océan Indien et les rivières font de cette île une destination qui réserve bien des surprises même pour les pêcheurs à la mouche !

Comme de nombreux passionnés de pêche, il m’est difficile de partir en vacances sans prévoir de quoi passer quelques heures au bord de l’eau ! Je ne dirai pas que c’est la pêche qui oriente le choix de la destination mais s’il y a des poissons à prendre à la mouche c’est un plus intéressant.

En faisant quelques recherches et en prenant contact avec des amis, pratiquer la pêche à la mouche sur l’île de la Réunion n’avait rien d’une idée farfelue. Assez rapidement j’ai trouvé des informations via le site de la Fédération de pêche de la Réunion et à travers les réseaux sociaux. J’ai découvert que certaines rivières étaient peuplées de truites arc-en-ciel acclimatées depuis les années 1960s. Au moment de préparer mes bagages, j’ai pris soin de sélectionner des mouches polyvalentes pour pêcher en rivière de montagne. Quelques tabanas, des mouches d’ensemble et des imitations d’insectes terrestres accompagnées d’une bonne sélection de nymphes, la boîte Tacky Dropper était pleine. La Recon 9’ soie 5 et le moulinet Mirage ont trouvé place aux côtés des chaussures de randonnées, d’un masque de plongée et de mes palmes !

C’est une fois sur place que j’ai réalisé que la réglementation pêche pouvait être différente de celle de la métropole… ça n’a pas loupé ! Effectivement, la pêche de la truite arc-en-ciel étant encadrée avec une date d’ouverture et de fermeture, il y a bien une différence entre la métropole et cette île de l’hémisphère sud. Les zones de première catégorie sont fermées du 1er week-end de mai jusqu’au mois d’octobre. Dommage pour moi mais je n’ai pas abandonné l’idée de pêcher pour autant. A la lecture de la carte du domaine piscicole réunionnais, les rivières ont souvent un long secteur de 2ème catégorie où il serait possible de trouver d’autres espèces que les truites. J’ai donc pris contact avec la fédération de Pêche pour en savoir plus.

Suite à mon appel, je parviens à rencontrer le directeur de la Fédération de Pêche et un administrateur qui ont pris le temps de m’expliquer comment fonctionnait la pêche et la gestion des espèces piscicoles sur l’île. Il faut savoir que la réglementation spécifique à la pêche n’existe que depuis 2003 sur ce territoire d’Outre-Mer. La fédération a été créée sous l’impulsion de la Fédération Nationale de la Pêche en France qui a permis de structurer la pêche et la protection des milieux aquatiques à la Réunion. Tous les cours d’eau de l’île sont en domaine publique. Pour y pêcher, il faut être détenteur d’une carte de pêche et avoir acquitté la cotisation pour les Milieux Aquatique (CPMA).

Je ne pouvais pas écrire cet article sans aborder l’aspect protection des rivières et des poissons endémiques. Il faut savoir que plusieurs espèces de poissons et de crustacés peuplent les rivières réunionnaises et que la plupart d’entre elles ont une forte valeur patrimoniale. La fédération a un gros travail de sensibilisation et de police pour sensibiliser les réunionnais à la préservation de ce patrimoine naturel exceptionnel. Certaines pratiques de pêche « traditionnelles » ont des effets destructeurs sur les milieux et différentes espèces très sensibles. Plusieurs espèces de poissons endémiques effectuent une à plusieurs migrations entre l’Océan Indien et les secteurs amont des rivières. Tous les aménagements qui altèrent la libre circulation des poissons et les actes de braconnage impactent les populations piscicoles au point de menacer la survie d’espèces très sensibles.

A propos de la pêche !

Suite à ma visite à la fédération de pêche j’avais des informations sur les secteurs et les espèces de poissons à y pêcher mais il n’était pas nécessaire d’aller très loin pour tenter de prendre quelques poissons.

Un parcours No-Kill en seconde catégorie se trouve devant le siège de la fédération sur la rivière Langevin. Une association de pêche locale soutient la population de truites pour permettre aux pêcheurs à la mouche de prolonger leur saison sur un tronçon de rivière aux allures de torrent de montagne. En retournant quelques pierres immergées j’ai rapidement observé des larves de trichoptères sans fourreau (Hydropsychidae), il y a donc des sedges bruns à certaines périodes et les truites en sont folles.

Aude, ma compagne, m’a accordé une heure et j’ai donc saisie l’occasion pour essayer de prendre quelques truites arc-en-ciel. L’accès facile à la rivière permet de pêcher léger. Une 9’ soie 5 fait tout à fait le job pour pratiquer la pêche en nymphe au fil, la pêche en sèche ou la pêche au streamer sur cette rivière relativement étroite mais très rapide.

 

C’est assez exceptionnel de pêcher comme dans les Alpes sur une rivière d’une île de l’Océan Indien ! Un bas de ligne assez court avec un indicateur et une pointe longue d’un mètre avec une nymphe jig m’ont permis de prospecter des postes calmes assez profonds entre des blocs et des courants mais sans succès. J’ai tenté le tandem sèche nymphe sur des postes moins profonds et ce n’est qu’au bout de 40 minutes de pêche que j’ai réussi à trouver des poissons actifs en haut du parcours. Dès la touche ces truites annoncent la couleur !

Elles sont très vives et n’ont rien de poissons fraîchement « déversés ». La première truite a immédiatement enchaîné plusieurs chandelles et s’est engagée dans un courant très rapide. Je n’avais pas d’autres choix que de dévaler la rivière pour terminer le combat dans une zone plus calme.

Le nombre de prise m’importe peu, j’ai eu le plaisir de combattre deux jolies truites à la Réunion et le fait de pêcher ce parcours No-Kill « exotique » était une expérience inoubliable. Selon les dires de pêcheurs à la mouche réunionnais, le No-Kill était très poissonneux avant les typhons qui ont frappé l’île en début d’année 2018. Sur cette portion en 2ème catégorie la rivière Langevin est montée très haut et beaucoup de poissons ont sans doute été emportés. Toutefois la partie haute de cette rivière est très bien peuplée en truites arc-en-ciel sauvages.

Le Langevin est une magnifique rivière qui doit également sa notoriété à ses cascades que l’on peut observer en empruntant une petite route très pentue par endroit ! La Réunion est une île riche en surprises et si vous avez l’intention d’y séjourner, je vous invite à passer au moins une demi-journée du côté de Langevin pour découvrir la rivière.

A bientôt pour une nouvelle aventure de pêche à la recherche du « poisson plat » !

Florian

En bonus : La vidéo !

 

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Destination l’île Maurice et ses carangues bleues !

Toujours prêt à découvrir une nouvelle destination et de nouveaux poissons, j’ai profité de mes vacances à l’île Maurice pour tenter de prendre des carangues bleues à la mouche.

Vous l’avez sans doute deviné, il m’est difficile de partir quelque part s’il n’y a pas l’opportunité de lancer une mouche sur l’eau ! Je remercie d’ailleurs ma compagne de prévoir de possibles excursions de pêche pendant nos congés alors qu’il m’arrive aussi de faire sonner le réveil à 6h un dimanche pour filer pêcher avec des copains…

Fabien, un ami pêcheur originaire de l’île Maurice, m’a indiqué différentes possibilités de pêche à travers une discussion sur Maurice et m’a rapidement parlé de la pêche des carangues. En cherchant un peu sur Internet il est assez facile de trouver des photos et des vidéos sur la pêche des carangues bleues. C’est au cours de mes recherches que j’ai découvert le site web de Dominique Thevenau, guide de pêche, qui s’avère être un ami de Fabien. Je n’ai donc pas hésité à prendre contact avec ce spécialiste pour en savoir plus sur ses services et sur la pêche à Maurice.

La préparation avant de partir.

Passant une dizaine de jours à la Réunion pour randonner, j’avais donc besoin de garder un peu de place dans mes bagages pour emporter une Helios 3D 9’ soie 9, un moulinet Mirage US 5, un hip pack étanche avec le nécessaire pour les montages et surtout mes boîtes de mouches ! A propos des mouches, une bonne série de clousers minnows, des decivers en bucktail, des gurglers montés sur des hameçons de 2/0 font l’affaire. A cette liste il faut ajouter un t-shirt ou une chemise à manches longues (pour les UV), un short de bain des lunettes polarisantes, une casquette, buff et de la crème solaire.

Arrivée à l’île Maurice.

Après plusieurs jours sportifs à la Réunion entre les volcans et les cirques, j’avais hâte de découvrir les lagons et l’Océan. Notre première journée était justement la bonne occasion pour une découverte de la vie océanique, nous avons eu le privilège de nager aux côtés de dauphins et de plonger dans un lagon riche en poissons.

Place à la pêche !

Dominique m’a donné rendez-vous au Morne (au Sud-ouest de l’île) pour une session de pêche de quelques heures. Il m’accueille à bord d’un bateau commandé par François l’homme de bord qui nous accompagne pour la sortie. Rapidement Dominique me demande ce que j’ai pour me chausser. Comme la place n’était pas énorme dans mes bagages, les chaussures néoprènes avec de bonnes semelles me semblaient appropriées. Dans son rôle de guide bienveillant, Dominique m’a gentiment prêté des chaussures de sécurité et des chaussettes montantes en néoprène pour me protéger des coraux ou des « poissons pierres ». En effet la barrière de corail peut s’avérer dangereuse sans un équipement approprié. La moindre blessure peut mettre fin à une sortie et même gâcher des vacances. Marcher sur un poisson pierre sans protection peut carrément provoquer un malaise et nécessiter une hospitalisation en urgence. Dominique a l’habitude des touristes comme moi et sait comment assurer leur sécurité !

Une fois équipé, je noue un deciver de coloris jaune fluo et blanc au bout de mon bas de ligne de 3 m en 0,60 mm (20 kg de résistance). Le bateau approche de la zone de pêche et Dominique en profite pour me donner quelques consignes : «°Dans l’eau, tu me suis, tu évites de marcher sur le corail, on ne parle pas fort et quand je t’indique une direction tu lances le plus vite possible dans cette direction ». Alors que nous commençons à marcher vers la barrière de corail, il me dit « ne me demande pas si je vois un poisson, lance et dès que ta mouche touche l’eau tu strippes rapidement. J’ai l’habitude de voir les carangues mais elles vont très vite et il faut être très réactif ». Ces poissons n’aiment pas le bruit, il faut donc être discret dans l’approche.

Nous nous positionnons à une cinquantaine de mètres du bord de la barrière. Nous la distinguons grâce aux rouleaux qui se forment avant de s’éclater progressivement sur la barrière. Les carangues bleues profitent des mouvements d’eau provoqués par les vagues pour chasser les petits poissons sur la barrière et nous sommes idéalement positionnés pour croiser ces prédateurs. Les vagues nous trempent pratiquement jusqu’au cou mais il faut garder l’équilibre et aligner entre quinze et vingt mètres de soie pour que la mouche puisse intéresser une carangue. J’ai l’Helios 3D bien en main et je commence à trouver mes marques quand Dominique aperçoit un requin à pointes blanches en chasse. « Vite on part ! », sans discuter, je le suis jusqu’au bateau pour changer de coin. « Le requin ne nous aurait pas attaqué mais s’il vient chercher une carangue qui a pris ta mouche, il peut y avoir un problème ! ».

Évidemment nous trouvons rapidement une autre zone de pêche et ce coup-ci j’ai compris qu’il fallait avoir les yeux partout ! Après plusieurs lancers je vois un remous dans l’axe de ma soie et le poisson se ferre en même temps que je strippe. « Lève ta canne et laisse filer la soie ! » Dominique m’indique à ce moment-là les bons gestes pour que le poisson reprenne les quelques mètres de soie que j’ai ramené en strippant et que je puisse ensuite le combattre au moulinet. Tenir la canne haute c’est indispensable pour éviter les coraux qui peuvent couper le bas de ligne en une fraction de seconde.

Cette première carangue n’est pas énorme mais sa défense m’impressionne. Avec une 9’ soie 9 et un moulinet très performant, ce poisson ne veut rien lâcher ! Au bout de 2 minutes de combat, elle finit par se rendre, faisant de moi le pêcheur le plus heureux de la barrière de corail ! Dominique me dit alors, « Vite, il y en a une deuxième plus grosse ! » Je relâche cette carangue pour me remettre en action.

La seconde touche ne s’est pas faite attendre ! Alors que ma mouche passe derrière une vague, je strippe par grandes brassées et j’aperçois un poisson faire un mètre vers ma mouche en un dixième de seconde ! Je n’ai même pas le temps d’analyser ce qu’il se passe, par réflexe je ferre et c’est bien au bout.

La carangue prend vingt mètres de soie à une vitesse incroyable et voilà que le moulinet commence à chanter. Arrivée à une trentaine de mètres le poisson se calme un peu et j’en profite pour lui mettre la pression en serrant le frein du Mirage.

Ce coup-ci c’est plus sérieux et tout en gardant la canne très haute je dois ramener ce poisson bagarreur qui connait parfaitement les reliefs et peut tenter un rush vers une « patate de corail ». Dominique me conseille et veille à ce que je ne perde pas l’équilibre. La carangue arrive petit à petit jusqu’à nous et la caméra filme la scène. Je la saisi en même temps que Dominique me félicite ! « C’est un super poisson ! » Ce n’est pas un monstre mais effectivement le rapport poids/puissance de la carangue bleue a de quoi impressionner. En eau douce, il est très difficile de trouver l’équivalent.

Je prendrai une autre carangue de belle taille sur ce poste qui une fois de plus me donnera un combat intense et se rendra difficilement. « Magnifique mon ami » me glisse Dominique ! Je décroche le poisson et la regarde partir avec ses beaux reflets bleutés. Je regarde le bas de ligne qui montre de sérieux signes de fatigue. Les coraux sont redoutables et il faut toujours vérifier le fil entre chaque poisson.

Le bas de ligne est neuf, la zone est bonne, je relance inlassablement ma mouche en m’appliquant pour faire mordre un nouveau poisson et prendre une nouvelle décharge d’adrénaline au passage ! Une vague éclate, je profite des remous et de l’écume et là l’attaque ne peut m’échapper. Le poisson a englouti la mouche en provoquant un gros remous et c’est encore du solide ! Encore novice dans cette pêche, j’ai la faiblesse de lui laisser un peu de liberté. Quand Dominique me dit de la stopper, elle est déjà à 50m ! Je serre le frein et tente de reprendre la manivelle en main mais celle-ci tourne trop vite… alors que le poisson se calme, la canne plie, et la ligne se détend soudainement. « Cassé ! »

Et oui, le poisson a gagné et Dominique m’explique que quand c’est gros, il faut parfois mettre la canne à plat et serrer le moulinet à fond pour éviter qu’il ne sorte de la barrière de corail. C’était la chance de la journée. Cette carangue était estimée à 15 livres selon mon guide expérimenté. Je ne prendrai pas plus gros.

Dominique m’a ensuite fait prendre d’autres carangues au lancer depuis le bateau. Cette session était sensée soulager un peu mes bras mais avec les carangues il faut non seulement animer très vivement les leurres en surface mais aussi combattre en force !

Ces quelques heures de pêche étaient riches en émotions et en intensité. Nous étions affamés et François nous a gentiment débarqué sur la plage du Morne pour aller manger dans un bon restaurant. Une bonne bière, un plat local et nous terminons cette belle matinée de pêche en nous racontant différentes expériences de pêche.

Contrairement aux Seychelles où la pêche sur les flats peut permettre de ferrer de gros bonefishs, l’ïle Maurice n’a pas une grande renommée pour la pêche à la mouche. A vrai dire, les mauriciens sont des pêcheurs redoutables et certaines espèces comme le bonefish se sont raréfiées au fur et à mesure que la pêche à la senne s’est développée dans les lagons (filet tracté par les pêcheurs dans les lagons).

Dominique s’inscrit vraiment dans une démarche environnementale. Aucun bout de fil n’a été jeté à l’eau, tous les poissons repartent à l’eau en pleine forme et il n’est même pas question de tenter d’en garder un ! Comme me l’a expliqué Dominique, il n’y a pas tellement d’autres espèces pêchables à la mouche de cette manière. Il faut donc veiller à ce que la carangue bleue ne subisse pas le même sort que d’autres beaucoup plus rares aujourd’hui à Maurice. Je vous recommande donc vraiment ses services si vous souhaitez vivre une très belle expérience de pêche dans un décor de rêve.

Voici le site web de Dominique avec ses coordonnées :

http://www.mauritiusfishingandhuntingsafaris.com/fr/fly-fishing-rock-surf-angling-safaris/

Pour avoir une idée de ce que j’ai vécu, cette vidéo est réalisée à partir des images qui ont été tournées pendant la sortie.

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De bonnes raisons pour pêcher avec une épuisette

Dans la série bonnes pratiques de pêcheurs, je vous avais présenté le fonctionnement du collecteur de fil usagé « Monomaster ». L’utilisation d’une épuisette est une autre bonne pratique.

Nous avons tous nos habitudes et pour un certain nombre de pêcheurs l’épuisette est un objet plutôt encombrant. La pêche à la mouche n’est pas une exception, pour écourter un combat avec un poisson mieux vaut avoir une épuisette surtout lorsqu’il faut pêcher fin.

Il est toujours agréable de compter sur l’aide d’un ami pour mettre à l’épuisette une grosse truite !

Si le panier en osier ne fait plus vraiment parti de l’équipement des pêcheurs modernes, les téléphones portables, les caméras sportives et les appareils photo numériques permettent de revivre de belles scènes de pêche et de les partager sur les réseaux sociaux. Des milliers de poissons deviennent stars d’Internet ! La plupart des pêcheurs « connectés » pratiquent la pêche en No-Kill et mettent en avant cette pratique pour motiver d’autres pêcheurs à suivre l’exemple. Alors que des associations « spécistes » dénoncent une pratique cruelle vis à vis d’êtres vivants dits « sensibles », les adeptes du « Catch-and-release » revendiquent une pratique respectueuse des poissons qui n’a pas d’impact sur leur biologie et sur les milieux aquatiques.

Un jour cette truite sera peut-être le « poisson d’une vie » pour un pêcheur, en utilisant son épuisette Thibault aura fait son possible pour lui assurer d’excellentes conditions de remise à l’eau.

« Chaque pêcheur revendiquant pratiquer la pêche en No-Kill a la responsabilité d’assurer les meilleures conditions de survie pour le poisson. »

Différentes études réalisées sur l’incidence de la pratique du No-Kill sur les salmonidés, la durée du combat, le temps passé en dehors de l’eau et la température de l’eau ont une importance capitale. Néanmoins on est très loin des 90% de mortalité avancés par les « spécistes ». Plusieurs études sérieuses menées sur les salmonidés aux Etats-Unis avancent des chiffres de 0,3 à 6% de mortalité en utilisant des appâts artificiels (leurres ou mouches). Une synthèse est disponible sur ce site : http://www.moucheur.com/mortaliten.html .

La mise à l’épuisette est une étape clé, il faut que le poisson glisse à la surface avec le nez hors de l’eau. Un dernier coup de nageoire peut survenir et il vaut mieux laisser le poisson repartir plutôt que de le brider avec une casse ou une décroche à la clé.

La compétition m’a amené à utiliser l’épuisette de manière systématique pour homologuer les poissons, c’est aujourd’hui un automatisme. Le peu de fois où je pratique la pêche sans mon épuisette, je la cherche ! C’était le cas aux Etats-Unis sur la Delaware avec Thibault. Nous avions des sacs de voyages bien remplis et nous avions estimé qu’une épuisette serait de trop… quelle erreur ! Dès le premier poisson dans cette rivière, j’ai compris que sans épuisette ce serait compliqué. Heureusement que les niveaux étaient bas et que nous pouvions décrocher les poissons facilement à la main.

Une belle arc-en-ciel de la Delaware que j’ai fini par décrocher du bout des doigts sans épuisette. Heureusement la mouche était piquée sur le bord de la lèvre, j’ai évité les dents !

Les guides de pêche professionnels avec lesquels nous avons pêché mettent systématiquement tous les poissons à l’épuisette, ils ne sont sortis de l’eau qu’en cas de prise de photo et l’opération ne dure jamais plus de 15 secondes. Si l’on pêche avec des hameçons sans ardillon le temps de manipulation des poissons est très réduit, dans la plupart des cas les poissons se décrochent sans même avoir besoin d’utiliser une pince.

La mouche est souvent décrochée avant même que je touche le poisson. Si toutefois je dois décrocher l’hameçon, le poisson est déjà en position pour que l’opération soit facile.

Les guides de pêche ont bien compris que chaque poisson remis à l’eau dans les bonnes conditions leur permettait de revenir sur les mêmes zones de pêche avec de nouveaux clients. Même si les poissons ne sont pas toujours simples à prendre ils sont encore là, en pleine forme et ils se nourrissent ! Un gros poisson vivant est précieux aussi bien d’un point de vue biologique pour le rôle qu’il joue dans la rivière mais aussi par la valeur ajoutée qu’il apporte au parcours de pêche.

Pour la petite histoire, John savait que je prendrai une grosse truite sur ce poste et elle y était bien… J’espère que d’autres pêcheurs ont eu la chance de la croiser !

Différentes formes d’épuisettes permettent aux pêcheurs de couvrir les situations de pêche du bord comme dans l’eau. Les épuisettes raquettes sont adaptées à la pratique du wading, pour la pêche depuis une embarcation ou depuis la berge, l’utilisation d’une épuisette avec un manche long est un avantage certain et évite de devoir se contorsionner à la fin des combats.

Depuis la berge Thibault adapte un manche plus long à son épuisette.

La structure des filets pour épuisette a beaucoup évolué, chacun a sa préférence mais globalement les filets doux à mailles moyennes ou fines ont remplacé les filets à mailles larges et nouées qui pouvaient endommager les nageoires et les écailles des poissons. Les filets souples à mailles fines sont très adaptés pour les parcours de pêche faciles à pratiquer. Ce type de filet préserve au maximum les poissons qui ressortent de l’épuisette sans aucune trace ou nageoire abîmée.

Lionel Armand a une grande épuisette avec un filet doux à maille fines pour venir à bout des grosses truites des Pyrénées plus facilement.

Même si cela est plutôt bon signe, avoir une épuisette avec un filet qui sent le poisson dans la voiture c’est assez désagréable ! Heureusement les filets à mailles enduites de gomme ou les filets dernière génération directement construits en matière plastique type Brodin® ne s’imprègnent pas d’eau ou de mucus ce qui limite énormément les mauvaises odeurs. Ce type de filet préserve très bien les nageoires et le mucus des poissons.

Anthony Thomas est un pêcheur passionné qui nous envoie régulièrement des photos. Il a adopté l’épuisette Orvis Brodin et cela lui réussi bien !

Enfin, je vous conseille de suspendre l’épuisette à votre gilet avec un système de clip magnétique, cela évite de laisser trainer le filet par terre tout en assurant un décrochage facile de l’épuisette au moment de s’en servir.

A vous de jouer !

Florian

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Monomaster : l’ami des pêcheurs et de la nature

Parmi les accessoires de pêche que tout les pêcheurs devraient avoir avec eux il y a le collecteur de fil usagé. Etant très sensible aux différentes problématiques environnementales qui dégradent la qualité des écosystèmes aquatiques, j’ai adopté le Monomaster depuis près de 10 ans et je ne m’en sépare pas. C’est un petit investissement vraiment pratique qui dure des années et rend un grand service à la nature.

Les pêcheurs de loisir sont régulièrement pointés du doigt par divers associations comme étant des « pollueurs » responsables de la mort d’oiseaux emprisonnés dans du fil de pêche. Il faut admettre que même si cela reste plutôt anecdotique par rapport aux oiseaux qui disparaissent suite à la destruction d’habitats, par empoisonnements (pesticides) ou tués par des chats domestiques, l’image d’un squelette d’oiseau pris au piège dans du fil de pêche est assez dégradante pour un loisir qui se revendique « écocompatible » ou « écoresponsable ». Il est également très désagréable de trouver son coin de pêche favori jonché de déchets divers abandonnés par d’autres usagers des rivières (baigneurs, promeneurs, pêcheurs…).

Pour dénoncer des pollutions ou des problèmes qui touchent l’eau et les poissons, commençons par améliorer nos pratiques en collectant nos déchets. Le fil de pêche en nylon ou en fluorocarbone se dégrade très difficilement dans la nature. On parle de plusieurs dizaines voir centaines d’années pour que le fil soit dégradé. On ne va tout de même pas reprocher aux fabricants de travailler durement sur la qualité des fils pour qu’ils soient résistants à l’abrasion ! Charge à nous de faire notre possible pour que ces fils de qualité servent à bon escient et ne restent pas dans la nature.

Le Monomaster est l’un des collecteurs de fil les plus pratiques du marché. La collecte du fil ne dure pas plus de 15 secondes une fois que l’on a pris l’habitude. Je récupère aussi les pointes de bas de ligne qui ne me servent plus (trop usées ou devenues trop courtes suite à plusieurs changement de mouche, les excédent de fil…). Nous pouvons tous collecter du fil lorsque nous faisons nos montages ou que nous trouvons des morceaux de fil dans les arbres à portée de main.

Le principe de cet accessoire est assez simple ! On peut le comparer à une sorte de bigoudi rotatif contenu dans un tube avec une ouverture qui permet de glisser le fil et l’enrouler à l’intérieur. . Il s’agit donc d’un accessoire durable qui se démonte pour enlever le fil avant de le jeter à la poubelle. L’intérêt de cet accessoire est de pouvoir enrouler plusieurs mètres de fil de pêche au bord de l’eau et de pouvoir vider le Monomaster une fois rentré à la maison à l’aide d’une paire de ciseaux.

Le Monomaster peut se suspendre au gilet ou à un bagage de pêche, il n’y a pas d’excuse pour ne pas l’utiliser !

A bientôt pour un prochain article.

Florian

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Début de saison en quelques sèches

Le début de saison de la pêche de la truite en rivière est une période marquée par des conditions de pêche plutôt aléatoire en général mais avec un peu de chance, les insectes sortent et les poissons gobent ! A cette période, le moindre réchauffement de l’eau fait prendre vie aux rivières ce qui offre de belles possibilités de pêche à condition d’avoir quelques bonnes mouches sèches.

Je ne pouvais commencer cet article autrement qu’en présentant la fameuse March Brown ou brune de Mars. Il est vrai que cette grande éphémère n’est pas équitablement présente dans les rivières de France. Généralement ce sont les rivières moyennes et larges aux courants vifs qui donnent lieu à des éclosions massives de cet Eptageniidae. Ce qu’il faut savoir c’est que les éclosions sont généralement très brèves et ont lieu généralement en milieu de journée.

A la sortie de son enveloppe larvaire, cette éphémère est assez terne avec des couleurs assez sombre. Le stade subimago  est bien celui qui met en appétit les truites. En fonction des rivières, les imitations peuvent êtres plus ou moins brunes et montées sur des hameçons de taille 14 à 10.

L’émergente ci-dessus est issue de ma collection personnelle. Le mélange de dubbing de lièvre et le cerclage de couleur brique donne à cette mouche un aspect très prenant dans les courants. L’aile en cul de canard mêlée à quelques fibres de flanc de canard imite bien l’aspect des ailes de l’insecte naturel.

Ci-dessus, il s’agit de l’imitation fétiche de Matthias Parre qui a mis au point ce montage simple et très prenant sur les lisses de la Dordogne. Bien entendu il n’y a pas que sur cette rivière que cette mouche séduit les poissons. L’association du faisan avec CDC fait toujours des merveilles !

Autre insecte phare du début de saison : Baetis Rhodani ! Sans vouloir donner un cours d’entomologie, cette éphémère est assez commune en France et comme la famille des Baetidae est très riches, les imitations d’éphémères olives sont génériques et permettent de couvrir pratiquement toutes la saison de pêche. Sans vouloir rentrer trop dans les détails les imitations de baetis sont très variables en fonction des période et des régions. Les poissons se focalisent souvent sur ces insectes plus petits que les March Brown.

Des centaines d’imitations de Baetis et je dirai même qu’il y a autant de variantes que de pêcheur… Ci-dessous je vous présente à gauche un modèle très classique avec une aile en CDC gris naturel, un corps en dubbing extra-fin olive et un thorax en dubbing de lièvre. Les cerques sont en coq du limousin. Cette mouche ne quitte jamais ma boîte et je la décline de la taille 18 à 14. A droite c’est une variante avec une aile en coq du Limousin tournée sur un élastique. Les fans d’Avozetto reconnaîtrons l’une des mouches que monte les animateurs de ce site dans les clubs et sur les salons. L’intérêt principale de cette mouche en coq est de bien flotter dans les courants et de bien sécher.

Sur les plats Matthias fait parfois la différence avec des mouches très fines. Son petit voilier ci-dessous est un montage simple est très efficace.

 

Les trichoptères de début de saison sont généralement assez petits est plutôt sombre. N’étant pas certain du petit son du sedge ci-dessous, je ne me risquerai pas à le nommer (avis au spécialistes !). Tout bon pêcheur en sèche se doit d’avoir des imitations de sedges dans sa boîte. En CDC gris, en chevreuil ou en flanc de canne, les imitations de petits trichoptères foncés sont

Ci-dessous, ce plécoptère très fin et foncé de la famille des Leuctridés est aussi appelé « Neddle fly » (mouche aiguille en français). C’est un insecte très fréquent en début de saison. Les poissons ne les gobent pas régulièrement mais dans certains cours d’eau il n’est pas rare de voir une truite gober l’un de ces insectes qui tente de s’envoler. Une mouche double collerette grise fait illusion ! Une imitation de sedge gris en CDC ou avec une aile en pardo feront l’affaire.

Pour palier au différentes situations sans devoir emporter trop de modèles dans ma boîte j’opte souvent pour des mouches d’ensemble. L’une de mes mouches sèches favorites est faite avec une aile en CDC gris naturel avec un corpe en dubbing de lièvre cerclé d’un tinsel doré auquel j’ajoute un tag orange. Certains la nomme « orange tag », d’autres « cul orange », cette mouches d’ensemble est incitative mais il est possible de reprendre la même base de montage sans tinsel et sans tag. Je monte cette mouche sur hameçons n°18 et n°16.

L’une des mouches à ne jamais oublier à la maison c’est l’oreille de lièvres ! Cette mouche peut être déclinée de plusieurs manières mais l’idée est bien d’en faire une imitation d’ensemble qui permet de couvrir différentes situations de pêche et de tromper l’oeil de poissons opportunistes. Je décline cette mouche de la taille 20 à 14 en ajoutant des cerques en coq roux, un cerclage doré et une aile en dubbing d’oreille de chevreuil. Je ne suis pas un puriste du lièvre, je trouve que le poil fin de chevreuil apporte une flottaison supérieure à cette mouche.

 

Dès les premiers jours de pêche en rivière il peut y avoir un instant de frénésie avec des gobages rageurs sur des plats ou en fin de courant. Ne manquez pas ces moments aussi excitants que fascinants ! J’ai en tête de grandes scènes de pêche dans les gorges du Tarn, sur le Lot, la Colagne et d’autres rivières que j’affectionne.

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Helios 3D 9’ soie 5 : testée sur la Delaware River.

Helios 3D pour Distance, depuis le bassin de lancer du salon international IFTD aux courants de la rivière Delaware, l’Helios 3D 9’ soie 5 n’a pas cessé de nous surprendre ! L’action inédite de cette nouvelle canne Orvis accroît l’efficacité des lancers à n’importe quelle distance…

En juillet 2017, Thibault et moi avons eu la possibilité de vivre quelques jours en immersion dans l’univers pêche outre-atlantique. C’est à l’occasion de l’IFTD 2017 (célèbre salon international de pêche à la mouche) que nous avons découvert les nouvelles cannes Orvis Helios 3. Pour l’occasion, le stand Orvis était dominé par une très grande affiche avec le message « ACCURATE FROM ANYWH3RE ». Richard était fier de nous accompagner au bord du bassin de lancer avec deux Helios 3 à la main.

Montée avec une soie Hydros HD Trout WF5 et un moulinet Mirage US II, l’Helios 3D 9’ soie 5 démontre immédiatement ses aptitudes à accélérer la soie sans effort. Cette impression de facilité est accompagnée d’une tenue de soie en l’air impeccable. Quand la canne est chargée, il suffit de laisser la soie partir entre chaque faux lancer pour que l’Helios 3D exprime sa puissance. Difficile de résister à l’envie de traverser le bassin de plus de 25 m de longueur ! Il est vrai que ce n’est pas ce qu’on demande en priorité à une canne de pêche en rivière mais cela reste un vrai plaisir de pouvoir shooter loin avec une 9’ soie 5. Les grandes rivières réservent parfois de jolis coups de ligne à condition de pouvoir atteindre les poissons et pour pêcher en lac d’altitude c’est parfait.

Qu’en est-il de la précision dans tout ça ? Le slogan qui accompagne la gamme Helios 3 « Accurate from anywhere » peut être traduit par « La précision n’importe où ». A 5m comme à 20m, l’Helios 3D 9’ soie 5 permet d’accomplir des lancers d’une précision diabolique. Alors même si la qualité du lanceur reste le paramètre majeur qui conditionne la réussite d’un poser précis, l’Helios 3 est la canne la plus directive que j’ai eu en main. La sensation de contrôle qu’elle procure est d’autant plus intéressante lorsqu’il s’agit de réaliser des lancers spéciaux comme les posers décalés ou courbes.

Cette précision et cette facilité de contrôle proviennent bien des propriétés du blank. Comme expliqué dans l’article de présentation de la gamme Helios 3, les vibrations parasites sont quasiment éliminées. La trajectoire de la soie est donc parfaitement contrôlée et l’énergie passe de la canne vers le bas de ligne avec un minimum de perte. La mouche arrive sur l’eau avec un niveau de précision quasi chirurgical.

Et en action de pêche ça donne quoi ?

L’équipe d’Orvis et le centre West Branch Anglers nous avaient réservé une journée de pêche sur la rivière Delaware pour un test de l’Helios 3D 9’ soie 5 en conditions réelles. Thibault et moi aurons l’occasion d’écrire un article sur cette superbe journée sur la Delaware mais je peux déjà vous donner mes impressions. Cette canne n’a pour limites que celles du pêcheur. Certes il faut disposer d’un bas de ligne polyvalent et d’une bonne soie mais j’ai eu plaisir à pêcher avec cette canne de différentes manières, à courte, à moyenne et même à longue distance…

En attendant de partir pêcher en drift boat, nous disposions d’une bonne heure pour pêcher librement mais les poissons ne gobaient pas encore. Le grand courant en face des chalets du West Branch Angler est large et sa profondeur n’excédait pas 1,5 m dans ce qui s’avérait idéal pour tenter de pêcher en nymphe au fil ou en tandem sèche/nymphe. Nous avons donc opté pour des techniques de prospection dans l’espoir de ferrer quelques truites.

Avec un bas de ligne progressif long de 4,5 m et une pointe avec potence (6 m de bas de ligne au total), je n’ai pas peiné pour propulser une petite nymphe sur h16 avec un tabanas comme indicateur en réalisant des posers légèrement en cloche pour que la nymphe s’immerge librement. C’est en peignant le courant méthodiquement qu’une belle fario s’est saisie de ma nymphe. Si tôt le tabanas immergé, j’ai ferré et le poisson est immédiatement sorti de l’eau !

Les truites américaines aiment faire le « show » et ce poisson de près de 45 cm n’as pas manqué de démarrer vers l’aval en faisant chanter le frein du Mirage. Avec une pointe en 0.13 mm, j’étais serein et l’Helios 3 a parfaitement encaissé le ferrage, les rushs et les coups de têtes. A aucun moment j’ai eu le sentiment de ne pas garder le contrôle. Une belle entrée en matière !

A 11h30, nous étions au rendez-vous pour partir à bord du drift boat avec un guide et un membre de l’équipe Orvis. Bill et moi embarquons avec John Miller qui guide sur la Delaware et connaît parfaitement la rivière.

Bill en action avec l’Helios 3D 9′ soie 5

Nous n’avions pas fait 100 m sur la rivière que John nous positionne en silence en face d’une berge où quelques jolis poissons étaient en poste et gobaient de très petites olives. Inutile de vouloir tenter un lancer avec une mouche de taille supérieure à un hameçon n°20… John m’a tendu la main pour que je noue une émergente d’olive en CDC sur hameçon courbe n°26.

Petit aperçu de modèles intéressants pour la Delawader en juillet, prévoyez des mouches sur hameçon n°26 à 16 (cette série est montée sur hameçon n°20 et 18)

J’ai donc noué cette mouche au bout d’une pointe de 2,5 m en 0.11 mm.  Compte tenu de la taille moyenne des truites et de leur combativité, je joue sur l’élasticité du fil pour compenser la finesse du bas de ligne. N’ayant pas encore vraiment l’habitude de la canne, je sais que je dois rester zen au moment de ferrer.

Notre bateau est à une quinzaine de mètres des premiers gobages. En quelques faux lancers je parviens à réaliser un beau poser 1 m en amont d’un gobage régulier. Le poisson ne monte pas et je décide d’attendre un nouveau gobage avant de relancer pour aligner mon lancer avec plus de précision. La seconde dérive était pile dans l’axe du poisson qui a finalement succombé à cette petite olive. Dans un geste ample, j’ai pris contact avec le poisson et le combat s’est engagé en douceur. Une belle fario est au bout et elle combat en force. Elle prend quelques mètres de soie avant de revenir vers le bateau où John l’attend avec son épuisette. Après un dernier rush, cette truite se rend et repart immédiatement à l’eau.

John Miller ne rate jamais son coup !

Bill tente sa chance à plusieurs reprises et fini par manquer un poisson au ferrage. Il me dit de relancer à proximité d’un rocher où un poisson gobe tranquillement toute les minutes. Encore ému par ma première prise en Drift Boat, je tente ma chance. L’exercice n’est pas si simple, le poisson est à plus de quinze mètres, l’eau est calme et les insectes peu nombreux. Il ne faut surtout pas alerter ces poissons qui connaissent parfaitement la musique. Chaque jour des dizaines de pêcheurs lancent toutes sortes de mouches sur la Delaware. Concentré et confiant, je parviens à lancer ma mouche à la bonne distance et à la poser en douceur sur l’eau. La dérive est belle… bingo ! Un peu surpris par ce gobage légèrement plus en amont que le précédent, je ferre avec un léger retard mais le poisson est bien au bout. Ce coup-ci la truite est plus grosse et me livre un combat plus intense avec des rushs assez longs et un passage à proximité de la corde de l’ancre du bateau qui m’a valu une sueur froide ! Heureusement John a attrapé son épuisette et dès la première tentative, le poisson est dans le filet.

Moment de panique : la truite avait pris le virage à la corde !

Par la suite nous avons entamé une dérive pour trouver des spots où les poissons gobaient mais avec un grand soleil et peu d’insectes sur l’eau, nous avons rapidement compris que tenter un coup de nymphe dans les courants pourrait nous permettre de prendre davantage de poissons. John m’a indiqué un courant qui alimente un bras de la rivière où il y aurait quatre jolies truites. Avançant tranquillement vers ce spot, je scrute une zone calme où j’aperçois une truite « dormeuse ». Je lance une petite nymphe au cas où… mais cette truite ne réagit pas. En insistant avec une seconde nymphe le poisson se sauve à toute vitesse ! Je m’avance vers la veine d’eau et à la deuxième dérive en nymphe mon indicateur marque un arrêt. Ferrage, chandelle et me voilà attelé à une truite fario de plus de quarante centimètres qui dévale en force !

John arrive avec son épuisette, fin du combat en deux minutes. Le poisson repart et John me dit « c’était la petite ça ! ». Je me replace le long du courant et je parviens à discerner une zone plus creuse où il peut y avoir une belle truite en poste. Je lance bien en amont, je tends légèrement ma bannière et le fil fluo s’arrête. Immédiatement je ferre et commence à combattre le poisson qui bondit au-dessus de l’eau d’une manière spectaculaire. Je rappelle John en lui disant que c’était plus sérieux et encore une fois le poisson se retrouve au sec après quelques rushs.

Là c’est un poisson qui vaut le coup !
Sur le parcours, nous avons pris quelques poissons de cette taille mais il y a bien plus gros !

John me dit alors « il en reste une plus grosse… ». Je relance un peu plus loin en limite de courant, la touche est franche et voilà qu’une truite encore plus grosse est au bout de ma ligne. Prise sur ma potence un peu fragilisée par les deux combats précédents je fais l’erreur de la brider un peu trop et me fait casser lors d’un démarrage puissant. C’était sans doute une truite fario de plus de 50 cm mais je sais d’où provient cette casse. En 0,12 mm, il est important de refaire régulièrement ses nœuds après des combats solides. Cela me servira de leçon pour une prochaine fois.

Jusqu’au coup du soir, Bill, John et moi prospecterons différents courants avec succès mais dès que le soleil a disparu derrière les montagnes, les lucioles se sont misent à voler le long des berges et le spectacle a commencé. Arrivant sur un très long plat, les gobages deviennent de plus en plus fréquents et John nous place sur le « muddy beat » (à traduire : poste vaseux). C’est l’une des zones préférées de Tom Rosenbauer nous explique Bill. Inaccessible en wading en raison de la profondeur de vase, ce grand lisse est couvert de gobages le soir. John me tend une petite sulfure montée avec une aile en pate de lièvre des neiges « snowshoe hare ». J’attaque les gobages à proximité et le succès est au rendez-vous !

Finalement Bill me passe sa canne Helios 3F 9’ soie 4 montée avec une soie texturée. Cette canne m’a semblé parfaite pour l’exercice. Très agréable pour lancer, je parviens à poser ma mouche tout en douceur sur l’eau et avec une très bonne précision. Alors qu’il faisait quasiment nuit, j’ai réussi un lancer parfait du premier coup en plein axe d’un poisson posté à près de 15 m du bateau. Ne parvenant plus à voir ma petite mouche sur l’eau, je me suis fié à mon instinct et lorsque le poisson a gobé, c’était pour moi ! Plus douce que la 9’ soie 5 3D cette 9’ soie 4 H3F permet de bien mener le combat, Je termine donc ma journée avec encore une très belle truite à l’épuisette et un coup de ligne qui me marque encore.

La journée de pêche se termine, le Drift Boat est remis sur la remorque et John nous ramène au lodge pour retrouver les autres pêcheurs. La branche ouest de la Delaware n’est pas une rivière facile en raison de sa fréquentation, les truites sont magnifiques mais exigeantes. C’était une excellente expérience pour nous et le fait d’avoir pu tester l’Helios 3D à cet endroit nous a permis d’en apprécier les qualités.

Si vous désirez vous rendre sur la côte ouest des Etats-Unis, le centre West Branch Angler n’est qu’à deux heures de New York. N’hésitez pas à vous rendre au magnifique Fly Shop pour acheter les bonnes mouches, un panneau vous indiquera les modèles du moment. Avoir un guide est un vrai plus et si votre budget vous le permet il ne faut pas s’en priver !

Vous pouvez revoir la vidéo que nous avions édité sur le blog : Magnifique journée sur la Delaware.

A bientôt pour un nouvel article.

Florian

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Orvis Recon 10’ soie 3 « canne de pêche en nymphe moderne »

Je profite de la trêve hivernale pour présenter la Recon 10’ soie 3 et partager mon expérience d’utilisateur avec cette canne. J’ai essayé de faire court mais suite à plusieurs questions reçues par messages et par E-mail, j’ai tenté de résumer quelques situations de pêche assez révélatrices des capacités de la Recon pour pratiquer différentes techniques.

Il faut avant tout savoir que cette canne est le fruit de la collaboration de spécialistes américains et européens avec l’équipe de développement de cannes Orvis. Il semblait vraiment important de proposer une canne spécifique à la pratique des techniques européennes de pêche en nymphe.

J’ai la chance de pouvoir essayer des cannes de marques différentes lors des salons, des sorties de pêche avec les amis et en parallèle des compétitions. Il est vrai que les américains ont mis un peu de temps pour développer des cannes spécifiques aux techniques fines de pêche en nymphe. Les leaders dans ce domaine étant européens, il est naturel que les marques européennes aient développé ce genre de cannes plus rapidement mais les temps changent.

Lors du meeting Orvis 2016 sur la Test, nous avions eu le loisir d’essayer le prototype de la Recon 10’ soie 3 qui se révélait très précise et très agréable pour pêcher en nymphe au fil et sous la canne avec des pointes très fines. La version finale est équipée d’un porte moulinet inversé avec un petit talon de combat ce qui améliore l’équilibre de cette canne très légère (seulement 75 g). La prise en main est très agréable, l’équilibre améliore vraiment le confort de pêche lors d’une grosse journée. J’ai d’ailleurs testé cette canne avec différents moulinets Lare Arbor (Orvis Hydros SL II, Mirage II) et avec des modèles semi-automatiques comme le Yoto de JMC (modèle très apprécié par les compétiteurs). Avec un moulinet de 140g à 170g, le point d’équilibre se situe bien dans la poignée de la canne.

La Recon 10’ soie 3 est surnommée « tactical nymphing rod » par les américains et ce n’est pas pour rien ! J’ai utilisé cette canne quasiment toute la saison 2017 lors de mes sorties de pêche en rivière en loisir et en compétition. Des grands courants de la Dordogne aux postes marqués de rivière plus modestes, j’ai eu toute la latitude pour pousser cette canne dans ses retranchements.

Comme je l’ai écrit à travers d’autres articles, je suis adepte des bas de ligne sans nœud pour bien glisser dans les anneaux tout en conservant une conicité qui s’avère très utile pour passer d’une technique à l’autre très rapidement. Je ne reviens pas sur certaines subtilités mais il y a bien des différences entre la pêche en nymphe dite à la française, la pêche à l’espagnole, la pêche à la tchèque ou à la polonaise. Ces différentes techniques de pêche en nymphe ont toutefois un point commun : il faut utiliser des cannes plutôt longues (9’6 à 11’) pour des soies fines (n°0 à n°5) avec des actions précises, sensibles et délicates.

Avec sa longueur de 10’ cette Recon peut recevoir des soies n°1 à n°3 (naturelles ou artificielles). J’ai essayé différentes soies pour pratiquer des techniques variées avec précision. J’affectionne particulièrement une soie naturelle n°2 pour les pêches très fines, mais j’utilise également cette canne avec une soie n°3 synthétique comme la Scientific Angler VPT ou la Hydros HD trout. Les anneaux sont positionnés pour limiter au maximum les effets de « ventre » avec la soie. La ligne se tient bien droite entre chaque anneau ce qui améliore la réactivité au ferrage. Je n’utilise que des bas de ligne de 4,5 m à 6 m de longueur mais ceux qui pratiquent la pêche en nymphe avec plus de 10 m de fil en guise de bas de ligne n’auraient aucun mal à utiliser cette canne qui demeure très précise.

En action de pêche, j’ai pu utiliser cette canne dans des configurations assez différentes et je dois dire que j’ai même osé les extrêmes. Je me suis demandé si cette Recon spéciale nymphe pouvait m’accompagner sur des rivières de 5 à 10 m de largeur où les truites mesurent généralement entre 20 et 30 cm mais aussi dans des rivières à ombre bien plus larges.

En utilisant des nymphes lestées d’une bille en tungstène de 2,5 mm à 3,8 mm, l’action de la canne permet de bien propulser les mouches avec précision. La prise de contact se fait facilement dès que le bas de ligne commence à se tendre. La maîtrise des dérives est facilitée par la longueur même si 10’ dans une grande rivière ce n’est pas si long mais dans la majorité des rivières que je pêche c’est très bien. La sensibilité du scion permet d’animer les nymphes délicatement et de ressentir les reliefs du fond ou les touches ! Il est bien entendu conseillé de visualiser correctement son indicateur pour ferrer très rapidement et ne pas attendre de sentir le poisson au bout de la canne ce qui signifie souvent qu’il est trop tard…

La bonne entrée en matière s’est présentée lorsque Matthias et moi nous sommes retrouvés pour deux journées de pêche au bord de la Dordogne et de la Maronne. Les poissons ne gobaient malheureusement pas autant que nous l’espérions et la seule véritable alternative pour réussir à prendre quelques poissons était de peigner les courants avec une ou deux nymphes en fonction de la profondeur. Aborder la Dordogne avec une canne pour soie n°3 alors que le débit est un tendu, c’est un peu risqué si les grosses truites sont à table mais ça se tente ! Je n’ai pas ferré de monstre lors de cette session, j’ai tout de même pris de jolis poissons jusqu’à 45 cm (ombres et truites).

Ce n’est qu’au coup du soir que j’ai pu tester la Recon pour pêcher en sèche à Beaulieu où les truites gobaient des spents. En l’absence de vent, je n’ai pas peiné à allonger un bas de ligne de 6 m avec une dizaine de mètres de soie. Toutes les cannes spécifiques à la pêche en nymphes ne permettent pas de faire ce genre de chose facilement. Didier Magnan l’écrivait dans un article test de Pêche Mouche et je l’ai constaté par moi-même à plusieurs reprises.

En dehors de l’expérience corrézienne, en 2017 j’ai eu la possibilité de pêcher des rivières du Massif Central et des Pyrénées avec cette canne en loisir et lors du championnat de France 1ère division. J’ai pratiqué la Dore, l’Anse du Nord, l’Adour et l’Arros avec la Recon 10’ soie 3. Globalement la nymphe au fil était très payante sur ces rivières même si la sèche ou la pêche en sèche/nymphe donnaient de bons résultats également. Sur l’Arros j’ai dû pêcher avec la plus grande discrétion pour réussir à prendre des truites en sèche sous une végétation assez dense. Les eaux limpides et la vigilance des truites de cette rivière ne laissaient pas de place à la moindre erreur d’approche et de lancer. La Recon m’a bien aidé à ce jeu-là d’autant plus que je décroche très peu de poissons avec cette canne.

Photo prise par Cedrick Arnault lors d’une manche de D1 Rivière

Pour faire le parallèle avec l’Helios 2 10’ soie 3, je dirais que la Recon 10’ soie 3 est plus douce et plus sensitive pour pratiquer la pêche en nymphe. L’Helios 2 s’avère très polyvalente mais elle n’avait pas été conçue spécifiquement pour une technique en particulier et peut sembler un peu trop puissante pour des pêches très délicates en nymphe. Rassurez-vous mon Helios2 ne reste pas au placard, c’est pour ma part l’une de mes cannes favorites notamment pour pêcher en sèche et en nymphe à vue.

J’espère que cette présentation vous aura permis de mieux cerner cette canne Orvis.

A bientôt pour un prochain article.

Florian

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